5 idées de services digitaux qui vont rendre la vie plus facile au Maroc

J’ai envi de rire et de pleurer en même temps quand je vois encore des jeunes étudiants au Maroc choisir des projets de fin d’étude qui les rendent intelligents, qui emploient les meilleurs termes académiques et technologiques à la mode, mais qui n’ont rien à voir avec la réalité de la vie au Maroc.

Sujets prêts à porter

Vous savez de quoi je parle, des sujets de projets qui sonne comme ‘Optimisation du trajet d’avion supersonique traversant l’atlantique’, ‘La stratégie de marque comme élément de consolidation de la relation client : cas « X »’, ‘Le développement durable et le business model des entreprises au Maroc’. J’ai même trouvé des sites web qui proposent des centaines de sujets insolites et inutiles.

Des sujets qui, à part vouloir faire une carrière dans la recherche scientifique, ne servent absolument à rien, ni pour l’apprentissage concret du futur lauréat, ni sur le terrain plein de problématique à régler.

La vie est dure au Maroc, à cause de problèmes à régler

Juste une précision pour les gens qui s’en doute encore : en 2020, la plupart des habitants du Maroc vivent encore une vie difficile dans ce cher pays. Et cela n’a rien à voir avec le niveau social et le nombre de zéros sur son compte bancaire. Cette vie difficile, voire merdique, est causée par le nombre incalculable de choses incohérentes qui nous empêchent de vivre une journée sans être ennuyés, inquiets, frustrés, énervés, non productifs. Ces sensations poussent la plupart à basculer dans l’indifférence, ou à plier bagage et fuir vers d’autres cieux plus cléments et organisés.

La solution que je propose

La solution est claire, mais pas simple on est d’accord : résoudre progressivement les problèmes des gens, de chacun des groupes importants du pays : les grands, les petits, les femmes, les entrepreneurs, les malades, les médecins, les instituteurs …

Mais qui va faire cela ? Surement pas les gens qui baignent dans ces problèmes jusqu’au cous.

Je pense que les étudiants et jeunes entrepreneurs qui ont l’opportunité de travailler sur des projets pendant 3 à plusieurs mois, sont pour le pays une opportunité pour expérimenter des solutions pour ces problèmes. Ce sera du gagnant / gagnant.

Ce qui veut dire que ces étudiants doivent être bien renseignés et accompagnés (orientés, on est tellement complexés par ce terme) afin de choisir les bonnes problématiques à attaquer.

C’est pour cela que je voudrais faciliter la tâche pour ceux qui se cherchent un problème à résoudre et du coup prendre soin d’un groupe de personnes qui est dans la merde et se sent désespéré face à ce problème.

Une autre précision : le fait de résoudre un de ces problèmes ne veut pas dire que vous allez faire du volontariat. Proposer une solution viable à un de ces problème vous mènerait surement à mettre les fondations solides d’une entreprise qui va vous drainer une rentabilité à terme.

Les problématiques à éradiquer

Voici donc les problèmes qui font suer les Marocains et que je propose comme sujets de projet pour les étudiants qui veulent relever le défis :

Attentes à rallonge dans les hôpitaux, cabinets médicaux et administrations (CNSS, préfectures, banques …)

Si vous vivez au Maroc, vous avez sans doute passé au moins quelques heures à attendre votre tour chez le médecin. Le médecin qui n’arrivent souvent pas avant 11 h du matin … Si vous êtes jeune ça va, vous pouvez utiliser votre temps à lire ou à écouter de la musique. Mais pour les ceux qui travaillent, ou les personnes âgées, ceux qui tombent le plus malade d’ailleurs, c’est très frustrant et fatiguant d’attendre son tour.

La solution est de lancer une application de réservation de RDV chez le médecin. Pour permettre au patient de venir à une heure précise et de passer directement à la consultation. Sans beaucoup attendre son tour.

Il existe des applications de RDV, comme DabaDoc, mais qui n’est malheureusement pas adoptée dans plusieurs villes du pays. Vous savez, il n’y pas que Casablanca et Rabat au Maroc. Vous pouvez donc aider les gens dans d’autres ville à adopter une solution de RDV qui est adaptée à leurs besoins. N’oubliez pas, il faut être au plus proche des habitudes de vos utilisateurs, et non pas de leur imposer une solution copiée/collée depuis d’autres contrées.

Livraison des produits bio

De plus en plus d’habitants des villes se rendent compte de la qualité médiocre des produits vendus dans les supermarchés. Les habitudes changent, et bien se nourrir commence à (re)rentrer dans les mœurs. J’ai ami qui a lancé un box 100% bio en France. Je pense qu’il y a un marché auprès des personnes qui cherchent à renouer avec les produits ‘beldi’, que ce soit du poulet fermier, des œufs bio, des épices bio, des légumes bio … Celui qui proposera un service de livraison de qualité, avec un packaging et respect des délais de livraison irréprochables, pourra facilement fidéliser des milliers de clients dans plusieurs villes du pays.

Complexité des procédures administratives

À chaque fois que je me rends dans une administration pour demander un justificatif, c’est la croix et la bannière. Avant même de retrouver le bon bureau, on n’est jamais sûre d’avoir ramené les bons documents ou choisi le bon horaire. Pourquoi n’y a-t-il pas une application mobile unique avec toutes les procédures à suivre pour préparer n’importe quel document ?

Un service mobile d’accompagnement du citoyen dans ses démarches administratives, avec des guides vidéo, des listes de prérequis à préparer avant de se rendre dans les bureaux de demande, en arabe darija, français, berbère ou même en anglais. De la documentation unifiée par rapport à toutes les régions du Maroc, ou personnalisée en fonction des spécificités de chaque région.

Par exemple un citoyen lambda pourra consulter toutes les informations concernant la demande d’un nouveau passeport ou d’un certificat de vie, les justificatifs à mettre dans le dossier de demande, les horaires d’ouverture et adresses des bureaux en fonction de la ville d’habitation, les conditions spécifiques, etc. tout cela en texte, vidéo et audio, en plusieurs langues, pour que tout le monde comprennent la même chose.

En plus de clarifier et faciliter la préparation des procédures administratifs, si cette application peut inclure la réservation de RDV (c’est du rêve, je sais, en connaissant comment ça se passe actuellement), on pourra même éradiquer au passage la corruption du passe-passe de 20 dh (pour passer devant, vous êtes au courant).

Manque d’autonomie en français

Tout le monde sait que l’économie marocaine se base toujours sur la langue française. Les entreprises, les banques, les administrations des affaires, les hôpitaux, les écoles supérieures emploient la langue française pour communiquer.

En même temps, de plus en plus de jeunes se déconnectent de cette réalité, et estiment qu’ils n’ont plus rien à faire de cette langue (effet YouTube). La plupart de ces jeunes choisissent d’apprendre l’anglais parce que c’est la langue des affaires, ou l’arabe parce que c’est la langue des origines. Ce qui produit un gap de communication et un rabattement sur la langue marocaine (darija), qui n’est souvent pas adaptés pour véhiculer correctement des messages et expressions.

L’idée serait d’accompagner ces jeunes à distance et/ou en présentiel dans des séances de redressement du niveau de la langue français, et surtout de leurs perceptions du monde et des affaires au Maroc.

Production vidéo pour les cours à distance et en ligne

Vous n’avez qu’à faire un tour sur Youtube pour voir la qualité des cours en ligne.

Je connais des jeunes marocains qui préfèrent de loin suivre des cours en ligne, tournés dans la chambre de jeunes comme eux, que de se rendre à leurs écoles pour écouter un vieux prof déballer l’information devant eux, sans pouvoir interagir, vérifier ou faire pause à ce flux d’information.

La culture Netflix est très ancrée chez les jeunes : arrêter la vidéo pour faire des recherches dans l’onglet à côté, pour faire une pause, aller chercher des chips ou répondre au téléphone.

Les entreprises qui investirons dans ce domaine, dans la créations de plateformes web et surtout de services de tournage et préparation de cours et formations, seront très demandées.

La boutique du coin est ouverte ou fermée ?

La chose la plus extraordinaire au Maroc est que les boutiques est commerces ne s’accordent pas en terme d’horaire d’ouverture. Ces horaires dépendent de plusieurs conditions : le moral du commerçant, la météo, le jour de la semaine, si le commerçant prie à la mosquée ou dans sa boutique, s’il mange chez lui ou dans la boutique, les vacances, les événements de famille (mariage, sbou3, 5tana …).

Bref une application mobile qui afficherais en temps réel l’état de chaque commerce à proximité, serait très pratique. Je ne serais obligé de sortir de chez moi pour aller vérifier si le pressing du bas de chez moi est ouvert ou fermé, avant d’y aller chercher mes chemises.

7 leçons apprises à propos du e-commerce local au Maroc

Lboutika n’est pas qu’un site e-commerce qui régale ses clients de t-shirts et designs fous pensés par une communauté de designers encore plus fou.

C’est aussi une école pour moi. J’ai découvert à travers lboutika le monde inconnu, méconnu et non structuré du eccommerce au Maroc.

Pour donner une description à la fois synthétique et poétique de ce monde, je dirais que c’est une relation amoureuse (avec tous ses hauts et ses bas) entre le monde traditionnel et conservateur du commerce (maline chakara) marocains, et le monde progressiste en théorie, mais qui n’arrive pas à s’imposer, du digital : web, moyens de paiement et réseaux sociaux.

J’ai bouclé le deuxième été à vendre des t-shirts et autres produits sur internet. En un an j’ai fait le tour du Maroc (depuis mon bureau la plupart du temps) à la recherche des meilleurs clients et amateurs de t-shirts décalés, et des meilleurs fournisseurs de t-shirts de bonne qualité, de matériel et techniques d’impression et surtout des meilleurs designers qui pourrait attirer le plus de clients par leurs idées.

J’ai donc appris beaucoup de choses, en commettant beaucoup d’erreurs, et eu tellement de mal à avancer que ce serait dommage de ne pas partager mes peines ici.

La darija est reine

Après quelque semaines de ventes et échanges avec des clients, le constat est sans appel, communiquer les offres et échanger avec les clients en Darija s’est avéré plus pratique et a engendré plus de commandes et d’engagement client (partages, commentaires …).

Cela pourrait paraître évident dit comme ça, mais les Marocains aiment bien acheter et vendre en langue darija marocaine. En tout cas les clients que j’avais, jeunes pour la plupart.

La darija, plutôt de jeunes, qu’on a commencé donc à employer sur les réseaux sociaux et sur les échanges whatsapp et messenger nous a permis de nouer une relation de complicité et de proximité avec nos clients.

Panier-phobie ou panier-indifférence

J’ai fait beaucoup de conseil digital pour des grandes marques auparavant. Des entreprises pour la plupart européennes, qui ont des clients européens.

Ce point a fait que j’ai créé, sans hésiter une seconde, le site web e-commerce le plus standard et respectueux des normes de l’achat en ligne : parcours clients et mise en panier successive des produits, finalisé par un passage à la caisse, choix du mode de livraison et de paiement.

Après avoir lancé le site web ecommerce il y a un an, c’était le choc. La plupart des internautes qui débarquent sur notre site web et aimeraient acheter un produit, ne sont pas habitués à cette méthode d’achat. On s’est rendu compte de cela quand la plupart nous demandaient sur facebook messenger de leur passer la commande directement sans qu’ils passent pas le site web.

On a essayé de les accompagner au début pour adopter cette habitude. Mais on a fait fuir plusieurs clients jusqu’à ce qu’on a arrêté de vouloir à tout prix que nos clients adopte notre vision du ecommerce.

On a opté donc pour le contraire : qu’on s’est adapté nous même aux habitudes des consommateurs en ligne : passage de commande par chat, confirmation de commande par appel téléphonique, relance et suivi de colis par chat, notification d’envoi de colis ou livraison par téléphone …

Je me suis toujours demandé quels sont les moyens pour accompagner ou ‘éduquer’ mes clients à passer par le parcours de la mise en panier et passage à la caisse en ligne, et surtout d’où vient ce manque d’habitude qui simplifie énormément la gestion des commandes pour les e-commerçants (et qui fait la force d’ailleurs du e-commerce en déléguant la prise de commande aux clients et en minimisant le temps de gestion par des prestataires ou salariés internes). Mais à un moment j’ai arrêté de me demander pourquoi, et j’ai ouvert toutes les possibilités de prise de commande pour s’adapter aux habitudes des clients.

Prix svp ? Le dernier prix ?

Encore un autre choc, le prix. Il ne passe pas un jour où plusieurs clients demandent par messenger le prix d’un t-shirt. Depuis le lancement de lboutika, tous les t-shirts ont un prix unique : 149 DH. Et en promotion 119 DH. On a communiqué chaque jour par rapport à ces prix. On l’a répété chaque jour, sur chaque post, commentaire, fiche de produit, appel téléphone, flyer, cover, story …

Et chaque jour on reçoit la même question : “Prix svp” !

En analysant les discussions qui commencent avec cette question, la plupart de ces clients le font pour le but de marchander et négocier le prix.

Et c’est normal, un Marocain a l’habitude de marchander et guetter la bonne affaire dans les marchés, souks … Mais en même temps il switch en mode prix fixe dans les mall et magasins des marques.

Pour compenser ce besoin culturel de négocier le prix, on lance de temps en temps des soldes et cadeaux pour des clients fidèles (happy cliyane). Mais je pense, comme pour le panier, qu’il faudrait qu’on réfléchisse à un moyen pour adapter l’e-commerce aux modes et habitudes des consommateurs, dont le marchage et la discussion avant la prise de commande en fait partie intégrante.

Le dilemme du ramadan

Ce ramadan dernier était particulier.

On reçevait des dizaines de commandes chaque soir (nuit).

Et on avait du mal à livrer le jour.

La société de livraison (Amana) avait des horaires adaptés à Ramadan : de 9h à 14h chaque jour, de lundi à vendredi. Les livreurs exigeaient des livraisons et paiements des clients avant 14h donc.

Les clients, étant pour la plupart des jeunes, ne se réveillaient, et donc allumaient leurs téléphones, pour la plupart qu’après 14h.

Les livreurs, ne pouvant pas joindre les clients, retournaient les colis aux centres de tri.

Vous l’avez compris, plusieurs commandes nous ont été retournées après les 3 tentatives (théoriques) d’acheminement d’Amana. 50% de colis retournés pour être juste.

On a vraiment eu mal pendant ce mois, et j’ai payé cher les frais de ce dilemme que je n’ai pas réussi à anticiper malheureusement.

La prochaine fois, on exigera des avances des clients pendant ce mois, mais je crains que cela entraine d’autres effets de bord (décourager les commandes, difficultés de suivi des avances, moyens de paiement …).

Packaging de derb Omar

Au moment de lancer le store lboutika.ma, j’ai essayé de trouver des sociétés de packaging e-commerce pour soigner le packaging qui est le premier contact des clients avec le produit.

Je n’ai pas trouvé des masses de sociétés au Maroc qui s’intéressent à ce sujet. Et pour ceux que j’ai trouvé, les packaging dépassaient souvent le coût de reviens du produit même. C’est normal, le combat de l’e-commerce jusqu’à aujourd’hui était plus du côté de l’acquisition des clients, de la livraison, des moyens de paiement … Le style du packaging et du colis n’est pas encore une priorité.

Puisque je vend des t-shirts qui dépassent à peine les 200g, la solution que j’ai trouvé est d’acheter des petits cartons déjà utilisés à Derb Omar. Souvent des petits carton de savon, parce qu’on avait la bonne odeur en plus.

Et pour cacher le logo de la marque de savon, on décolait un bord du carton, on l’inversait et on le scotchait au moment de la préparation de commandes.

Cette technique permettait d’économiser sur les frais d’emballage et ne pas être obligé de négocier une grosse quantité avec une usine de carton pour fabriquer des petits cartons spécialement pour nous.

Le mamouth Amana qui a 57 années lumière

Je n’oublierais jamais la face de la dame, responsable de compte chez La Poste du Maroc, lorque je lui ai demandé si Amana n’avait pas une formule spéciale pour les e-commerçants.

Je vous explique : la seule formule d’abonnement qu’ils ont c’est 57dh la livraison de colis de 1kg à 30kg avec paiement à la livraison et contre-remboursement.

Si mon client destinataire ne répond pas ou refuse la livraison, je paie quand même les 57h.

Si mon colis pèse qu’un kilo, je paie quand même les 57h. (Si mon colis pèse moins d’un kilo, je met du sel dedans :D)

Si mon colis n’est que dans la même ville d’expédition, je paie quand même les 57h.

En fait c’est la même formule que les grossistes, les groupeurs logistiques …

Web = facebook

J’avoue qu’on avvait beaucoup de clients jeunes.

Quand j’échangeais avec ces jeunes par messenger ou whatsapp, j’avais l’impression qu’ils ne connaissaient que facebook sur internet.

Quand je m’aventurais à leur filer le lien d’un produit pour tester s’ils allaient regarder, lire ou froller le bouton d’ajout au panier, je ne voyais aucune interaction … Mais quand je pose un max de photos et choix sur un post facebook

“C’est bizarre il y a une page qui s’affiche là, je ne comprend pas ce qu’il faut faire maintenant” est la phrase d’un jeune qui était prêt à acheter, mais qui était en terre inconnu en dehors de facebook.

La solution était simple : oublier la théorie du e-commerce, oublier les taux de rebond, les statistique de visite des pages du site, oublier l’entonnoir et le taux de conversion, et se concentrer sur les clients, là où ils sont, là où ils trouvent leur aise, là où ils s’engagent et achètent.

Je me suis donc concentré sur l’échange messenger avec le client, et sur la manière d’échanger et de faciliter l’achat, une conversion avec moins d’abondance statistique mais avec plus d’engagement humain de part et d’autre.

Lboutika sur Niqach 2.0

J’avais reçu un appel il y a un mois, du présentateur Younes Lazrak, qui m’informe que j’étais invité à l’émission télé Niqach 2.0. Yes !

Cette invitation vient au bout d’un an du lancement de Lboutika, un an de partages sur les réseaux sociaux, un an qui nous a permi de se faire un nom aurpès des jeunes qui cherchent une touche de créativité et d’originalité marocaine sur les t-shirts et produits qu’ils achètent.

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Les premiers designs qui se font connaitre

On a eu l’idée il y a trois mois, on a commencé doucement à poster des photos de t-shirts avec les premiers designs reçus de la part des premiers designers séduits il y a 2 mois, mais là on commence à avoir des designs que les jeunes likent sur instagram et facebook, et qui poussent plusieurs d’entre eux à passer commande.

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