Quelle langue pour quelle parole ?

Je me suis toujours posé cette question : quelle langue utiliser pour passer un message au plus grand nombre de personnes au Maroc ?

La crise sanitaire du coronavirus a démontré qu’on n’a pas de langue pratique pour parler à tous les Marocains. Ou du moins que la/les langues officielles qu’on connait ne permettent pas de réaliser cette fonction essentielle à tout pays.

Quand les journalistes emploient difficilement la darija pour expliquer ‘clairement’ les tenants et aboutissants d’événements difficiles à cerner, ni par l’état ni par les citoyens.

Cette vidéo est composée d’extraits de 4 vidéos différentes. La première est celle de la prise de parole du ministre de l’Intérieur Abdeloufi Laftit devant la commission de l’intérieur, le 29 avril 2020. La deuxième est celle de la conférence « L’œil à l’écoute » d’Eric Cobast. La troisième est celle de l’émission « Les questions de Corona » du vendredi 20 mars 2020, premier jour du confinement au Maroc. La quatrième vidéo est celle de l’émission parodique ‘Tendance’ de Hassan El Fad.

Ce montage démontre que le Maroc ne dispose pas de langue qui permet à ses citoyens de pratiquer l’art de bien parler. Mais ce qu’il démontre de plus grave, c’est qu’à défaut de maitriser une réelle langue commune, nos citoyens, même les ministres et les journalistes d’entre eux, ne font plus l’effort de bien structurer leurs idées et se font embarquer dans une médiocrité linguistique marquée par des mots de détresse (ya3niiii, euuuh, smitouu, li kayyy) et d’expressions religieuses pour meubler leurs propos fades et ambigus.

Un autre exemple que j’ai en tête est celui des nombreux entrepreneurs que je connais qui n’arrivent pas à expliquer, avancer et inspirer confiance car ils ne savent pas manier l’art de la parole. Malgré leurs compétences techniques, leurs bonnes intentions et bonnes idées.

Je crois que bien parler, comme bien écrire, est important non seulement pour se faire comprendre par les autres, mais surtout pour faire l’effort essentiel de structurer ses idées. Quand ces deux capacités manquent dans un groupe, la capacité à s’organiser devient une chose difficile voire impossible. Sans cette dernière capacité, je ne vois pas comment une société pourrait espérer mieux pour son avenir et avancer sereinement.