Jeunes entrepreneurs : entre pauvreté intellectuelle et attente de l’investisseur charmant

Je voudrais donner, à travers ces lignes, mon avis personnel sur l’article Startup: Ces détails qui font grincer la machine, paru sur L’Économiste cette semaine.

Je connais plusieurs jeunes entrepreneurs marocains, j’ai assisté à plusieurs événements et rencontres qui avaient comme objectif d’accompagner des “Startupeurs” dans leur quête de gloire. Mais j’ai toujours remarqué une chose flagrante : la plupart d’entre eux manque de compétences nécessaires à l’entreprenariat tels que l’empathie (qu’on appelle l’écoute du client de nos jours), la communication correcte et le leadership.

Bootstrapping = Zéro barrière

Si on produisait beaucoup de jeunes entrepreneurs de la sorte, on aurait déjà compris que les barrières dont parle l’article ne sont que des barrières-excuses, car ils auraient commencé petit, avec leurs propres moyens, et sans financement (Bootstraping) et puis convaincu tout le monde avec leurs produits et résultats pour que les investisseurs du monde entier les approchent et pas l’inverse.

Investissements et incubateurs étrangers

J’ai remarqué une tendance dernièrement, les investissements se dirigent de plus en plus aux projets qui ont vraiement fait preuve d’autonomie et de combativité. Les outils digitaux permettent de nos jours de faire avec les moyens du bord et de démontrer qu’on est capable d’attirer des clients avec notre vision et la promesse de changement qu’on peut apporter.

Plusieurs sociétés arrivent à tenir le coup, sans avoir besoin de développeurs, jusqu’à lever des fonds https://bubble.io/showcase

Actuellement, chez les banques européennes, les taux de financement des entreprises sont à moins de 1,7 % et en baisse continue, pourquoi donc ces programmes d’investissement ne financeraient pas les projets d’entrepreneurs marocains, si leurs profils et visions tenaient la route ?

Même si les programmes d’aide aux startups, de différents étendards, se multiplient dans le Maroc et surtout à Casablanca, la plupart des jeunes qui y participent se forcent à suivre des concepts préconçus et évitent de puiser dans le bon sens et l’inspiration personnel qu’ils auraient dû accumuler auparavant pendant leurs éducation(s) et expériences antécédantes.

C’est ce qui explique la ressemblance flagrante entre les embryons de startups qui participent à ces hackathons et incubations, et qui logiquement se heurtent à des problèmes superficiels qui se ressemblent : “manque de financement”, “manque de bons de commande de la part des grandes entreprises”, “les gens nous disent au début qu’ils allaient acheter, mais après ils ne nous répondent plus au téléphone” …

Les problèmes, il y en a partout

Je trouve que les citoyens, les institutions et le gouvernement au Maroc rencontrent tous tellement de problèmes chaque jour, donc de besoins, que ce serait de la folie ou du manque de courage de la part d’un entrepreneur de dire qu’il n’arrive pas à réussir car il peine à trouver des financements ou à débloquer des grands bons de commande.

Folie parce qu’il n’y a pas de loi naturelle qui nous oblige à passer par ces deux cases pour réussir son entreprise. Manque de courage parce qu’il a peut-être peur d’emprunter d’autres chemins difficiles mais plus sures comme commencer par apprendre des compétences, cumuler des connaissances, prendre du risque en concevant des produits pour les citoyens et les petites entreprises, et surtout d’expérimenter au maximum pour réfléchir à des solutions réelles aux besoins et de ne pas chercher la rentabilité rapide.

Les compétences intellectuelles sont importantes mais oubliées

La première leçon qu’on pourrait tirer pour tout organisme d’éducation ou de formation des jeunes est de leur expliquer que les entrepreneurs qu’ils idolâtrent (Elon Musk, Jeff Bezos, Bill Gates …) ont tous un niveau intellectuel et une ouverture d’esprit hors norme. Ils découvrent tous les jours des nouvelles lectures, points de vue et n’hésitent jamais à expérimenter et prendre le risque d’échouer.

En d’autres termes, mon avis est que la première nécessité pour un jeune entrepreneur marocain est de se développer intellectuellement et de prendre le temps de découvrir réellement sa personne, les valeurs qu’il voudrait incarner, le problème qu’il voudrait résoudre, les particularités des personnes qui ont ce problème, la vision de l’argent comme outil et pas comme finalité pour réussir et de s’ouvrir sur le monde.

La deuxième leçon est que ces programmes d’incubation ne sont pas gérés par des gens qui connaissent bien les jeunes Marocains, puisqu’ils appliquent pour la plupart des concepts clé-en-main, venu d’Europe ou d’Amérique, et qui s’appliquent d’habitude avec des jeunes ayant déjà des références culturelles et une vision saine du monde et de l’argent.

La nouvelle génération d’incubateurs marocains se doivent de créer une nouvelle approche adaptée et prenant en compte les spécificités et héritages, favorables ou défavorables, des jeunes marocains afin de les accompagner d’une manière réaliste à construire des réussites et donc de se rendre réellement utile à l’écosystème économique du pays.