Confinement : Le temps moyen de lecture des Marocains passe de 3 à 42 secondes par jour

« Je ne savais pas que mon fils pouvait lire des pages en papier. Je pense qu’il est devenu fou à cause de ce maudit confinement » nous lance la mère de Ayoub qui, depuis une semaine, a appris à tenir le livre de la jungle avec une seule main, et qui a tourné la première page de sa vie après deux jours de lecture intense de la première page de l’introduction.

Ayoub, fils unique de 22 ans et accro de jeux vidéos, s’est vu contraint à chercher un autre moyen de se divertir, autre qu’internet qui ne lui sert plus à rien vue le débit proche de zéro. Aucun moyen fluide de tuer des zombies sur Playstation, même pas moyen d’envoyer une dance du ventre sur tiktok. C’est en passant par le couloir qu’il a aperçu une espèce de pile de papier colés et qui servait de pied pour un ancien meuble de chaussure. Il se demande ce que c’est, « c’est un LIVRE, c’est comme ça qu’on appelle ça dans notre génération » lui répond fièrement sa maman. Ah tiens, je n’y ai jamais fait attention. Ayoub tiens le livre et passe deux heures à chercher le bouton on/off.

Cette nouvelle nous arrive de Kénitra, où la moyenne de smartphones par habitant est de 3,6. Alors que la moyenne de livres par habitant est de 1,2 grammes. Ce taux est légèrement en hausse cette année grâce à la distribution des manuels de montage du câblage d’avion aux lycéens pour les préparer à intégrer le monde de l’aéronautique par la toute petite porte, l’offshore, dans le cadre de la stratégie d’employabilité précoce menées par Anapec.

« J’ai cherché des recharges internet partout, je n’arrive pas à en trouver. Tout le monde a fait des stocks pour 2 ou 3 mois de recharges et de papier toilette. » s’indigne Houda, 44 ans, directrice de l’Association des Insta-grameuses insoumises, et dernièrement convertie en blogueuse professionnelle dans la mode des confinés. Elle a eu l’idée de fonder le blog zeropyjama.ma suite aux messages et demandes de conseils vestimentaires des nombreuses personnes qui ont peur de tomber dans la dépression à cause de l’habituel duo pyjama-pantoufle qui n’aide pas à remonter le moral et contribue au licenciement à distance.

J’ai cherché des recharges internet partout, je n’arrive pas à en trouver. Tout le monde a fait des stocks pour 2 ou 3 mois de recharges et de papier toilette.

Houda, 44 ans, directrice de l’Association des Insta-grameuses Insoumises

Face à l’impossibilité de se procurer la dose journalière d’internet, Houda et plusieurs autres Marocains se voient contraint d’employer des moyens pré-historiques pour continuer à être actifs socialement et maintenir leurs carrières en marche. C’est pour cela que Houda a découvert dernièrement la fonctionnalité ‘Appel’ de son iPhone. « Je ne savais pas que mon téléphone permettait de discuter avec ma famille et mes amis en temps réél, et sans internet en plus ! C’est une fonctionnalité qui me paraît plus pratique que les audios WhatsApp et les lives sur Facebook. Merci à ce confinement qui nous permet d’apprendre beaucoup d’astuces » conclut Houda à la fin de notre interview. 

En attendant la fin de cette prison à ciel ouvert, les habitants du monde entier n’ont pas fini de découvrir des choses nouvelles chaque jour, ce qui pourrait augmenter le taux d’humilité moyen des populations et contribuer à la baisse des selfies dans les réseaux sociaux.