Confiance établie

À travers les différents bilans des deux promotions d’ACT School Youssoufia, et discussions autour de l’impact de ce programme sur les jeunes de cette ville, et même sur l’écosystème Connect Institute, il y a une valeur qu’on a tendance à ignorer.

La confiance

En novembre 2018, quand le programme a commencé ses premiers échanges et séances de sélection avec les jeunes de Youssoufia, dans une église quasi vide et froide, en attente de meubles et d’aménagement adéquat qui n’allait arriver que plusieurs mois après, l’équipe de Connect Institute affectée à ce programme avait déjà remarqué le manque de confiance des jeunes en ce type de programmes.

“On a participé à plusieurs programmes de renforcement avant, mais qui ne nous ont mené à rien”. On entendait cette phrase plusieurs fois par jour, de plusieurs jeunes désespérés et prêt à risquer leurs vies pour immigrer sous d’autres cieux plus cléments.

Débuts difficile

Après quelques jours d’échanges, on avait compris que le travail sera vraiment difficile, qu’avant d’accompagner les jeunes dans le renforcement de leurs compétences intellectuelles et professionnelles, il fallait tout d’abord instaurer une confiance et démontrer qu’ils peuvent nous confier une année de leurs vies pour bâtir ensemble leur avenir sur des bases solide.

Cela pourrait paraître simple et commode, de bâtir la confiance d’abord pour enroller par la suite des jeunes dans des modules d’apprentissage et pour leur montrer l’exemple.

Mais la situation précaire et les expériences négatives de ces jeunes compliquaient énormément la situation.

Quelle est la méthode scientifique pour mettre en confiance un jeune qui a des parents pauvres qui attendent qu’il sorte exercer n’importe quel travail pour subvenir à leurs besoins ?

Quelle est la façon de convaincre la plus adéquate pour convaincre un jeune qu’il faudrait qu’il sache lire et écrire pour augmenter ses chances de réussite dans la vie, alors qu’il n’a qu’une chose en tête : émigrer clandestinement en Espagne et rejoindre ses cousins pour travailler dans les champs et gagner un peu de sous.

Quelle succession logique d’idées utiliser pour convaincre un jeune qui a été exploité par des clubs d’art martiaux de la ville, pour gagner le championnat du Maroc, mais qui n’a touché que 500 dh comme prime pour cela, que toutes les institutions ne sont pas pareil, et qu’il faut nous faire confiance car on pourrait l’accompagner et faire émerger ses talents dans la robotique.

Sacrifices pour instaurer la confiance

Il n’y a pas de procédé scientifique pour la mise en confiance. C’est quelque chose d’humain, basé sur l’authenticité et l’exemple.

Chaque membre de l’équipe s’est efforcé, même s’il n’était pas prêt, à donner l’exemple, à raconter son histoire aux jeunes, les aider à comprendre le monde, à apprendre pour transmettre, à comprendre la situation des jeunes, à analyser leurs comportements, à convaincre les parents, à expliquer comment on apprend, à donner de l’espoir, à montrer le chemin, à donner plusieurs chances à tous, à expliquer que tout le monde a droit à une deuxième chance, à assurer des séances de lecture, à faire aimer la lecture au maximum de gens et à encourager chacun en permanence.

Toutes ces actions ne peuvent pas être automatisées malheureusement, elles requièrent un sacrifice humain, des heures interminables de travail, l’écoute de tous les jeunes sans exclusion, la capacité à s’adapter, à repousser ses limites de patience et d’empathie, à oublier qu’on travaille pour un salaire, à faire face aux maux de tête et au manque de sommeil, à accepter de faire tout ce qu’il faut pour réussir à instaurer la confiance.

Impact sur les jeunes et la ville

Qu’est-ce qu’ACT School Youssfoufia a donné aux jeunes qui y sont passés ? C’est une question qu’on pose tous pour remettre en question notre méthode et l’améliorer jour après jour.

La première chose est la capacité d’être personnellement autonome, ou du moins à reconnaitre son utilité et à adopter les habitudes qui vont y contribuer. L’autonomie personnelle est la capacité de lire un article tout seul, d’analyser des idées ou d’avoir un avis personnel. C’est donc la capacité à avoir une touche personnelle dans une conversation, dans un travail ou dans une activité libérale.

Ces types d’autonomie sont les fondements de l’autonomie financière tant recherchée par tous les jeunes de nos jours. On explique cela aux jeunes, et je vous rassure que ce n’est pas facile de le leur expliquer, vus les mauvais exemples et idoles qu’ils ont à croiser et à suivre chaque jour, et où ils ne retrouvent pas un brin de cette autonomie personnelle et intellectuelle.

Le deuxième changement positif est le fait de constituer une communauté autour des valeurs de Connect, qui restent qu’utopies avant d’être appliquées réellement sur le terrain. Ces valeurs sont l’esprit critique, base de l’autonomie dont je viens de parler plus haut, la collaboration avec les autres, savoir communiquer, être créatif …

C’est une sacré tâche de regrouper une communauté qui croit en ces valeurs et qui tend vers elles dans ses actions de tous les jours.

C’est difficile de créer une dynamique positive et un esprit de groupe ou le travail acharné deviens l’unité de mesure principale et la créativité des uns fera bouger les autres pour faire autant.

Pourquoi c’est difficile ?

Chaque jour ces jeunes passent devant leurs anciens amis assis au café du coin à regarder un match ou au coin de la rue à fumer sa cigarette, et donc cela leur rend difficile la rupture avec les mauvaises habitudes et avec l’oisiveté tellement facile et paradisiaque qu’il vivait avant ACT Scchool.

En rentrant à la maison, chaque soir, le jeune se fait bombardé de questions de la part de ces parents, avec en front la même question qu’on s’est posé plus haut, mais en plus direct : “Qu’est-ce qu’ACT School Youssfoufia va te donner ?”. Cette question, à elle seule, peut déstabiliser un jeune, le mettre dans le doute, le pousser à couper le téléphone et à arrêter de se rendre à ACT School.

Chaque jour, au moins à cause de ces deux types de situation, nos équipes appelaient sans relâche les participants à haut risque, pas toujours les mêmes, pour savoir pourquoi ils n’étaient pas venu ce jour-là, pourquoi ils n’envoyaient plus leurs textes, pourquoi ils fuyaient un type de séances en particulier ou pourquoi ils avaient des idées noires ou étaient en dépression cette semaine-là

Une méthode unique signée Connect Institute

Toute l’approche d’acccompagnement décrite plus haut et développée et adaptée au besoin de mettre en confiance les jeunes d’ACT School Youssoufia est unique au Maroc. Et je pèse bien mes mots.

En d’autre termes, Connect Institute détiens donc les prémices d’une méthode unique d’accompagnement et mise en confiance des jeunes pour les aider à se renforcer et à adopter un état d’esprit qui va les aider à affronter rééllement les dééfis du monde, et pas les fuir ou les dénier.

Le secret réside également dans la communauté que Connect a réussi a constitué à travers tous les centres d’éducation alternative, autour d’un même objectif : préparer un avenir digne pour les jeunes et du coup pour le Maroc tout entier.

Maintenant, à l’heure où je vous parle, plusieurs lauréats d’ACT School devenus auto-entrepreneurs collaborent avec des participants de Connect Institute de cette année, de plusieurs centres du Maroc, accompagnés par plusieurs membres d’équipes et de facilitateurs. D’autres préparent de nouveaux projets et l’ouverture de nouveaux centres (Tata, El Jadida) …

Rien ne les oblige à faire cela, à part ce sentiment d’appartenance, cette préférence de contribuer à cette communauté qui ne cessent de s’agrandir et de toucher plus de monde, de tout horizon.